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T’as vraiment pas de cœur !

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Le sujet de l’empathie réussi le tour de force de réunir tout le monde dans l’aigreur : les proches d’autistes, qui sont malheureux du manque apparent d’empathie de leur progéniture, de leur conjoint, ou de leur ami ; ainsi que les autistes eux-mêmes à qui on renvoie le sentiment d’être des monstres sans cœur.

Empathie, définition :

– Faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent.
– En psychologie, l’empathie est la capacité de ressentir les émotions, les sentiments, les expériences d’une autre personne ou de se mettre à sa place. Cette attitude nécessite un effort de compréhension intellectuelle d’autrui.

Si l’on s’en tient à la définition stricto sensu, je peux dire qu’effectivement, je n’ai pas d’empathie.

Lorsqu’un malheur touche l’un de mes proches, je ne suis pas capable de me mettre intuitivement à sa place, de comprendre ses expériences. Avant de compatir, je vais chercher à comprendre. Froidement.

Là où les non autistes réagissent avec leur « instinct social », moi, je vais d’abord réagir avec mon cerveau. J’intellectualise.

Exemple 1 : Il y a peu, une copine a perdu son fils de 5 ans, fauché sous ses yeux par un camion. Elle a fait un joli message sur FB.

Ma première réaction a été de trouver son texte fort joli et de me demander pourquoi une telle annonce sur FB. Réponse toute simple : pour que tout le monde soit au courant et évite de mettre les pieds dans le plat en demandant des nouvelles de son enfant.

Deuxième réaction : essayer de comprendre ce qu’elle pouvait ressentir et ce que je pouvais faire pour elle.

Mais j’ai du mal à comprendre les réactions et les émotions des autres. Je n’arrive pas à visualiser pourquoi ils réagissent de telle manière et pourquoi pas de telle autre, ce qu’ils ressentent. Alors, pour comprendre, je m’imagine, MOI, dans leur situation. MOI avec MON vécu, MON caractère, MON passif.

J’ai regardé mon propre fils de 5 ans, et j’ai fondu en larmes. J’ai pleuré comme si c’était lui qui venait d’être fauché. Rien ne pouvait me consoler, aucun mot, aucune phrase ne permettraient de me faire aller un peu mieux. Alors j’ai compris que je ne pouvais rien faire pour ma copine.
J’aurais pu m’en tenir là. Avant, quand je ne savais pas quoi dire, et bien je ne disais rien. Combien de fois ai-je été traitée de sans coeur pour mon manque de réaction ! Mais maintenant, quand je ne sais pas quoi dire, je dis que je ne sais pas quoi dire. Au moins c’est une réaction acceptable.

Exemple 2 : J’ai reçu il y a peu un message d’une autre copine disant en gros « je voulais vous annoncer ma grossesse dans 2 semaines, mais je viens de faire une fausse couche »

Ma première réaction a été : « Je ne suis pas quelqu’un de très proche (les proches étaient déjà au courant, c’était dit dans le message), pourquoi m’envoie-t-elle ce message à moi ? Et pourquoi me prévenir d’un truc qui tombe à l’eau ? ».

Mon mari m’a expliqué qu’elle était triste et qu’elle cherchait du réconfort. Et que c’était probablement aussi par honnêteté/amitié, pour ne pas qu’on l’apprenne par d’autres.

Ma seconde réaction a donc été d’essayer de comprendre ce qu’elle pouvait ressentir.

Je me suis imaginée dans la même situation, et j’ai revécu l’angoisse de quand j’ai perdu l’un des jumeaux que je portais. C’est horrible à dire mais si je n’avais pas eu cette expérience malheureuse, je n’aurais sans doute pas pu comprendre ce qu’elle ressent. Et encore ! Je dis « ce qu’elle ressent », mais en fait c’est une projection de ce que moi je ressens.

A l’écrit, ça passe, car j’ai le temps de réfléchir. Mais en face à face, ça aurait été une catastrophe.

Grâce à l’intellectualisation et à la projection, j’arrive à comprendre un peu les ressentis des autres, mais ces ressentis sont biaisés car ils ne s’appuient pas sur le vécu des gens mais sur le mien…

Ça fait un peu prétentieux à dire, mais il n’y a qu’une seule personne dont je comprends et visualise parfaitement les réactions : moi-même. Je me sers de ma propre expérience comme mètre-étalon. Je rapporte tout à moi, non pas par égoïsme, mais juste pour essayer de comprendre le fonctionnement des autres.

Bref, je n’ai pas vraiment d’empathie au sens littéral, mais je suis remplie de compassion. Je ne suis pas un monstre sans coeur, c’est juste que je n’ai pas la connaissance intuitive du ressentis des autres. Mais soyez sûrs que j’aime les gens. Vraiment.

Je prends les émotions des autres, je suis une vraie éponge. Et c’est épuisant. Car même lorsque je regarde un simple film, je suis obligée de me projeter pour comprendre les interactions des personnages. Je vis littéralement le film. Il n’y a pas d’entre deux. Soit je passe pour insensible parce que je ne comprends pas ce que vit la personne, soit je comprends trop bien en me projetant et je passe pour une nana hypersensible qui pleure tout le temps   :/  Faudrait savoir !

10 commentaires sur “T’as vraiment pas de cœur !

  1. tu essayes quand même de savoir le ressenti des autres donc c est quand même une forme d empathie .tu as ton propre raisonnement mais comme tout le monde . personne ne ressent la même chose pour les mêmes faits …

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  2. ça m’a foutue en rogne. je crois que c’est LE truc qui me fout en boule à chaque fois sans exception. le fameux manque d’empathie des autistes…..

    encore que pour les autistes à haut potentiel, on commence à penser différemment. mais pour les autres… « ils ne ressentent rien. » (c’est ce qu’on disait des bébés à qui on ne filaient pas de calmants contre la douleur, jusqu’au jour où on s’est rendu compte que la souffrance rendaient les bébés silencieux. mais bon, je ne suis ni psy, ni toubib, et je suis autiste, donc, ce que je dis, hein…. ouais, on s’en fout.)

    je trouve que les neurotypiques, doués d’empathie, passent vite sur l’émotion des autres. genre, « c’est terrible ce qui t’arrive. » et deux minutes plus tard pensent au restau dans lequel ils vont manger le soir. elle est super compartimentée, leur empathie, non? (oui, je sais, y’a des super neurotypiques. mais eux ne viennent pas nous dire qu’on ne ressent rien. et toc.)

    perso, aussi maladroite que je peux être, je pense, repense et pense encore des heures après au chagrin d’un ou d’une que j’ai croisé(e) en souffrance, ou juste emmerdée par une situation compliquée (genre, « j’ai trouvé un travail mais pas de nounou »), en me demandant ce que je peux faire pour aider.

    par contre, tant que je n’ai pas trouvé, je ne dis rien. et peut être que mon visage n’exprime pas grand chose.

    mais je ne compte plus le nombre de fois où j’ai fait de mon mieux, trouvé du temps pour garder des enfants, faire du ménage, sortir un chien, …. parce que ça, ça aidait vraiment.

    téléphoner pour prendre des nouvelles… ça ne me ressemble pas. mais aider de mon mieux dès que j’ai enfin trouvé ce que je peux faire, ça oui.

    je suis autiste, je ne vois pas forcément les émotions, ou je les décrypte mal, à l’envers, en dépit du bon sens. ça d’accord.

    une grosse colère je vois. une colère moindre? non. une inquiétude peut de mon point de vue passer pour une colère. une colère pour un chagrin.

    un énorme chagrin exprimé (où en prime je connais la cause), je capte. un chagrin dissimulé, je peux prendre ça pour la faim qui rend grognon.

    mais quand les gens autour savent que je suis autiste, ce n’est pas très compliqué pour eux de dire les choses. nettement moins en tout cas que pour nous de piger une expression de visage complexe.

    ça me gonfle qu’on nous targue de manque d’empathie, alors que je peux passer des nuits sans dormir pour trouver une solution à un problème qui n’est pas le mien. pour des gens qui ne me sont pas si proches que ça en prime.

    je voudrais bien voir un neurotypique manquer de sommeil en se demandant ce qu’il peut faire pour soulager un autiste. oui, voir ça, juste une fois. ou en voir un se démener comme un beau diable pour faire sourire une caissière de super marché qu’ils ne reverront jamais (sans arrière pensée sexuelle. mais juste parce qu’ils trouvent insupportable d’être confrontés à une caissière de mauvais poil ou triste. ou parce qu’ils trouvent que ce boulot ne doit pas être marrant tous les jours.).

    je ne manque pas d’empathie, j’en ai trop.

    il parait que mes angoisses liées au mal être des autres ne se voient pas. ok. mais alors si des neurotypiques ne voient pas mes angoisses, de quel droit peuvent-ils me reprocher de ne pas voir ce qui se passe en eux?

    j’ai perdu ma fille après 20 minutes de vie. il est vrai que j’exprime peu ce que je peux ressentir. mais il devrait être évident que pour tout le monde, la perte d’un enfant, même de 20 minutes de vie, est une perte effroyable qui se ressent au quotidien.

    comment expliquer alors que j’ai vu des gens sourire quand par extraordinaire j’évoque ma fille? (parfois d’un sourire moqueur? ou pas? allez savoir, si ça se trouve, je décrypte mal les sourires aussi?)

    est ce que c’est drôle parce qu’on sent que je ne suis pas comme tout le monde?

    mais elle est où, la fameuse empathie des neurotypiques, là?

    je n’ai clairement pas le bon fonctionnement, je ne sais jamais comment réagir émotionnellement, je vois bien, sans toutefois piger ce que je fais de travers, que ma façon d’être est à la masse (si je pigeais, je ferais autrement, faut pas abuser non plus), que ça se voit et que les réactions (haussement de sourcils : surprise, interrogation) des autres me montrent bien que j’ai été repérée même si ces personnes ne savent pas pourquoi je suis comme ça (mais ils voient bien que je suis …. bizarre! le grand mot est lâché.)

    de là à penser que je ne ressens rien…. y’a un énorme « allez vous faire foutre! » qui se pointe dans ma tête.

    parce que, clairement, je fais de mon mieux. vraiment. et la peine des autres je la ressens, et pas qu’un peu (vous aussi, qui pleurez comme une madeleine quand vos amies souffrent, non? même si ça prend un drôle de chemin, il me semble que lorsqu’on pleure comme ça pour le chagrin des autres, ça ressemble super bien à de l’empathie.)

    j’ai pris l’habitude que les gens se trouvent infiniment supérieurs à moi. et c’est plus que très probablement le cas. mais même si je suis différente, un peu d’empathie ne nuirait pas?

    (ma colère n’est absolument pas dirigée contre vous, mais contre le fait qu’on doive en permanence se justifier et devoir ressentir au bon moment, et de la façon qu’il faut, socialement parlant. l’image, pas le fond. y’a de quoi être en pétard quand ce sont des gens qui parlent en notre nom (médecins, psy… quand encore ils ont au moins un minimum de connaissance sur l’autisme, hein), au lieu de nous demander. parce qu’en plus, y’a des moments, ça nous brise le cœur (dans le silence de notre autisme qui nous empêche d’exprimer nos émotions.) (sauf la colère, la colère, perso, je l’exprime super bien. 😉 )

    vient maintenant le laïus obligatoire : j’espère que je ne vous ai pas choquée, heurtée, attristée, ou je ne sais pas quoi encore, par un mot ou une phrase que mon autisme de compèt’ n’aurait pas détecté. si c’est le cas, c’était pas le but, et je suis désolée.

    S.

    Aimé par 2 personnes

    1. Je souris en lisant la fin de votre message car c’est un laïus que je tiens également très souvent depuis que je sais que je peux être à l’origine de mots honnêtes pour moi mais blessants pour d’autres.
      Non, je ne suis pas choquée, heurtée, attristée, rien de ce genre. C’est bien aussi de pouvoir s’exprimer, librement 🙂
      Après tout, le mot empathie n’est qu’un mot. L’essentiel est que les autres se rendent compte que nous ne sommes pas insensibles, au contraire, et vous l’exprimez très bien.

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  3. je voudrais rajouter un truc (des fois que je n’aurais pas été assez longue avec mon premier com? haha!).
    votre post est plein d’amour pour les gens qui vous entourent. quand on cherche à comprendre ce que ressentent les autres, c’est qu’on les aime. quand, au lieu de détourner la tête, on se force à aller dire à ces personnes qu’on ne sait pas quoi leur dire parce qu’on a compris que les mots étaient insuffisant face à leurs chagrins, je vois infiniment d’amour, d’attention à l’autre et de respect.
    vous posez des questions à votre conjoint pour mieux comprendre, là aussi, je ne vois que de l’attention aux autres.
    que vous cherchiez en vous des émotions, des souvenirs, pour mieux percevoir ce que les autres ressentent, je pense que tout le monde fait comme ça, sauf que ça a l’air d’être plus instinctif chez les neurotypiques que chez nous. mais ils disent bien « je ne peux pas imaginer ce que tu ressens », pas vrai? donc, non, on ne peut pas être à la place des autres, comme personne ne peut être à la notre. on peut avoir des points communs, ça oui, mais chaque personne ressent les choses de façon différente.
    mon frère et moi, on a eu des expériences communes, mais si on se les raconte…. on ne les a clairement pas vécues de la même façon, lui et moi. on n’est pas tous traumatisés, chagrinés, soulagés, heureux, des mêmes choses. ni de la même façon, ou avec la même intensité.
    je réfute le coup de l’empathie qu’on a pas. (mais bon, ça, vous l’avez déjà pigé. 😉 ). par contre, j’accepte de bon cœur qu’il y a plein de trucs évidents pour les autres qu’on ne perçoit pas (et qu’on puisse être hyper crus dans nos propos, trop « francs »). et du coup, on est super désolés (et tristes) d’avoir blessé quelqu’un par notre soit disant indifférence, qui est juste de l’inconscience de ce qui se passe.

    (laïus obligatoire. 😉 )

    S.

    Aimé par 1 personne

  4. Ce n’est pas égoïste de ramener tout à soi, c’est ce qu’on apprend aux enfants ! Quand un petit « vole » un jouet à un autre, on lui demande si ça avait été l’inverse, est-ce que ça lui aurait fait plaisir? C’est ainsi qu’on apprend à décrypter les réactions des autres, en se projetant !

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  5. J’ai lu énormément de choses sur le syndrome Asperger après qu’on m’en ai parlé… après que je me sois rendue compte que mon décalage total au monde n’était peut-être pas si anormal, que le fait de me sentir seule était en fait surement dût à un « trouble » appelé Asperger… En lisant tout ça, je me suis comparée, et un grand nombre de fois j’ai pu lire que les personnes atteintes du syndrome d’asperger n’éprouvaient aucunes empathie… là ça bloquait… je ressens les choses… je ressent les gens, je me met à leur place et souffre parfois pour les autres… il m’arrive d’être submergée par l’émotion sans même savoir réellement pourquoi et de devoir rester enfermée un ou deux jours dans ma chambre, enroulée dans ma couette.. l’empathie c’est quoi si ça ce n’en est pas ??!
    Oui parfois, je peux paraitre associable car je ne suis pas du genre à prendre des nouvelles de mes amis, ou même de ma famille… ou je peux donner l’impression de m’en foutre quand je le fais (parfois, j’avoue que ça craint un peu mais je m’en fiche réellement… je le fais par politesse parce que ça fait plaisir…), car je ne pose pas de questions au personnes… Le père des mes enfants me posait des tonnes des questions, parfois quand j’avais mes frères au téléphones « il a trouvé du travail ? ha et il fait quoi ? -heu je ne sais pas.. Et comment va les enfants, la rentrée s’est bien passée ? -oui je crois… » c’est assez culpabilisant au fond… mais je ne sais pas demander et une partie de moi ne le veut pas car je me dis que c’est leur vie, elle ne me regarde pas sauf s’ils veulent m’en parler… et puis quand on me parle trop, je suis épuisée, je finis par ne plus entendre la personne parler… clairement, je suis « dans ma tête » comme le dit mon fils de 10 ans…
    C’est ça pour eux le manque d’empathie?

    Je n’ai pas encore été diagnostiqué, je ne suis peut-être pas asperger… mais je me retrouve dans chaque articles, de façon plus ou moins exact… et du coup, je suis désolée si j’emploie les mauvais mots pour parler du syndrome Asperger…

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